marina & the diamonds – numb

[Le Divan du Monde, 29 avril 2010]
Le public est pas mal gay, et si par hasard certains sont ressorti déçus par Marina, la vue du bassiste et du claviériste aura consolé tout le monde, miam !
La salle du Divan du monde est petite et mignonne, mais l’atmosphère est celle d’une fournaise humide, difficile à supporter.
La première partie, Andromakers, me fait trop penser à du Au Revoir Simone bas de gamme, les nanas sont agaçantes, et ça dure longtemps.

Marina and the DiamondsAprès une éternité, voilà enfin Marina. C’est une bombe, ses chansons sont de l’excellente pop, les musiciens sont bons. J’ai ce qui me manquait au festival des Inrocks, un socle musical à la hauteur de la voix et de la pop, bien que le son soit épouvantable, ce qui n’aide pas Marina : la voix est souvent saturée, la jeune Galloise gagnerait à nuancer un peu. Néanmoins les solos au piano sont magnifiques, Numb en particulier m’a donné des frissons. Là, Marina maîtrise sa voix puissance, c’est superbe !
Mais 50 minutes de concert ? Alors qu’elle avait des chansons en réserve ? On va mettre ça sur le compte de la fatigante chaleur pour ne pas se fâcher, on va faire semblant d’oublier cette fin prématurée pour garder un très bon souvenir de ce concert.

[photo : photosonore]

owen pallett – better than worse

En janvier dernier, j’assistais pour la première fois à un concert d’Owen Pallett. C’était à Londres, dans la grande et belle Union Chapel, le public était nombreux. Deux mois plus tard, je suis retourné voir le Canadien, à Lille cette fois, dans la petite salle de l’Aéronef. Le concert fut intimiste. Là où Londres avait été une expérience solennelle, de par le lieu et du fait que je voyais Pallett pour la première fois, ce second concert fut plus simple mais plus beau et plus riche en émotions.

Owen Pallett à l'AéronefIl est impressionnant de voir Owen Pallett jouer de trois instruments simultanément avec une maîtrise parfaite : son violon, sa voix et la loop pedal ; ses pieds jonglent avec les boucles tandis qu’il joue et chante, imperturbable. Toute la complexité et la beauté de sa musique prend corps et sens devant nos yeux quand on le voit construire peu à peu ses morceaux.
C’est pour moi un plaisir indescriptible, véritablement jouissif, d’assister à la création d’une chanson, boucle après boucle, comme un puzzle. J’avais pris autant de plaisir à voir Kaki King faire de même avec une guitare l’année dernière. Ce genre d’expérience en live est incomparable.
L’accompagnement de Thomas Gill à la guitare et aux percussions, avec son style nonchalant et barré, et les quelques interludes chaleureux d’Owen Pallett ont achevé de rendre ce concert parfait.

Une petite lettre jetée par un fan et qui a manqué l’œil d’Owen de quelques centimètres a failli nous priver de rappel, le chanteur ayant apparemment un fort tempérament. Heureusement, il est revenu sur scène quelques minutes après, pour nous offrir une fin de toute beauté : Cliquot, la sublime complainte que Pallett chante sur le second album de Beirut, et la magnifique chanson Better Than Worse.

[photo : megathud]

clare & the reasons – that’s all

Il y a des gens qui ont un don, qui sont immédiatement sympathiques. Des groupes qui pourraient lire le bottin accompagnés d’un bontempi et qu’on aimerait toujours autant voir et entendre.
Clare And The Reasons est un de ces groupes. Ils arrivent sur scène comme une bande de potes amateurs, simples et souriants, l’air banal et décontracté, et on les aime déjà.
Quand de tels groupes se révèlent en plus être de grands artistes, professionnels, doués, c’est formidable.
Clare And The ReasonsClare Muldaur a une voix magnifique. Olivier Manchon est un homme orchestre surdoué, jouant de trois ou quatre instruments à la fois. Le reste du groupe est composé de musiciens tous aussi doués, et quand ils jouent, les regards, les sourires, les gestes prouvent une réelle amitié, un vrai plaisir d’être ensemble.
Le concert que Clare And The Reasons ont donné en mars au Café de la Danse a donc été un vrai régal, un moment de plaisir partagé, et un délice pour les oreilles. J’ai compté plus d’une quinzaine d’instruments sur scène, dont plusieurs cuivres qui m’ont ravis : le second album du groupe, Arrow, faisant la part belle à cette section instrumentale, j’espérais bien en entendre !

Et dernière preuve s’il en faut que Clare And The Reasons est un grand groupe, ils ont fait d’une reprise d’un vieux Genesis une chanson que j’adore : That’s all !

owen pallett – tryst with mephistopheles

Owen PallettJe n’arrive pas bien à écrire sur Owen Pallett. Je n’ai pas le recul nécessaire.
J’ai vu l’artiste canadien en concert à Londres le 25 janvier 2010, à Union Chapel. C’était la première fois que je le voyais en live et tout a été parfait : le lieu solennel et beau, l’excellente première partie de Sam Amidon, jeune fou à la voix magnifique, et Nico Muhly, prodige du piano. Quant à Owen Pallett, il a été merveilleux, gentil, doué, et nous a offert pour une grande partie les chansons de son dernier album Heartland.

Heartland. Je suis « tombé » dans cet album, un jour d’août dernier, quand, écoutant l’enregistrement d’un concert qu’il a donné à Vienne, j’ai entendu pour la première fois Owen Pallett en chanter les chansons.
Je m’en remets tout juste… Je suis resté six mois perdu dans le monde créé par le violoniste. Six mois à écouter chaque jour ou presque ce live puis l’album, à être à chaque fois autant surpris par la beauté, la cohésion, la richesse et la maîtrise qui se dégagent de ces chansons.
Alors oui, j’arrive après la bataille : on a parlé de Heartland un peu partout maintenant, pour saluer le plus souvent la maturité du travail d’Owen Pallett. Je n’en rajouterai donc pas. Je dirai simplement que Heartland est pour moi un chef-d’œuvre qui me touche comme peu d’albums m’ont touché jusqu’ici.

Je suis amoureux de la musique d’Owen Pallett.

depeche mode – never let me down again

Je ne connais pour ainsi dire pas Depeche Mode. Bien sûr, il faut je pense avoir été enfermé dans une grotte pendant 30 ans pour ne pas connaître Shake The Desease, Enjoy The Silence ou Personal Jesus. Et plus récemment, j’ai prêté un peu plus attention à leur dernier album, par égards pour ma moitié pour qui DM est ma Tori Amos. Mais au-delà de ces quelques chansons, je ne connais rien…
Depeche ModeJ’étais curieux d’aller les voir à Bercy. Je suis un habitué de concerts mais je vais bien entendu rarement à un concert en ignorant tout ou presque de l’artiste que je vais voir.
Ce fut une impression étrange, d’assister en spectateur à une cérémonie dont je ne connais pas les codes.
J’ai été déçu par la mise en scène, surtout cet unique écran aux images globalement laides. J’aurais aimé plus d’écrans, Bercy est tellement grand, et j’aurais aimé y voir plus le groupe que ces clips étranges. Mais cela m’a donné l’occasion d’autant observer la foule que le groupe sur scène.
J’ai vu l’excitation parcourir les gens à l’arrivée des Anglais, les cris, l’électricité générée par la nonchalance de In Chains qui a débuté ce concert, et la force des coups de boutoirs de Wrong qui a suivi.
J’ai vu l’énergie presque sexuelle qui se dégage de Dave Gahan, de son physique, de sa voix.
J’ai vu la dévotion du public quand Martin Gore s’est retrouvé seul sur scène pour ses titres solos. J’en ai été impressionné.
Et j’ai vu la communion du public dans les réactions à certaines chansons, dans les gestes, en particulier ces bras levés à l’unisson pendant Never Let Me Down Again.

Mon souvenir de ce concert restera que, sans avoir été acteur de cette célébration, j’ai été touché par le partage entre le public et le groupe. Et j’ai découvert un groupe à l’aura sensuelle et attachante.

ane brun – the treehouse song

La folk-pop scandinave est vraiment un genre à part, qui a su fédérer une pureté, une sérénité et une mélancolie qu’on ne retrouve pas dans la musique d’autres régions, comme si la terre même d’où est originaire la musique avait laissé son empreinte froide et ethérée.
Le merveilleux concert qu’a donné Ane Brun au Café de la Danse le 17 novembre, en clôture de sa tournée, est un excellent exemple de cette osmose. Deux artistes précédaient la Norvégienne sur scène : les Suédoises Rebekka Karijord et Jennie Abrahamson.
Leur musique n’est pas identique et pourtant…
Rebekka Karijord a chanté des chansons lentes, calmes, s’accompagnant au piano ou à la harpe. Sa musique est raffinée et subtile, sa voix puissante m’a fait pensé à celle d’Alanis Morissette dont elle a la même élégance.
Jennie Abrahamson fait une délicieuse pop plus “moderne”, avec juste ce qu’il faut de boite à rythmes et de chœurs vocodés, sans que tout cela n’efface la base de piano et une belle voix haute et claire.
Quant à Ane Brun, sa pop est plus adulte, plus grave, plus sérieuse. S’accompagnant traditionnellement à la guitare, elle chante d’une étrange voix haute des compositions désarmantes, extrêmement touchantes.
Trois artistes donc, dont la musique est loin d’être identique.
Et pourtant quand Ane Brun arrive sur scène, ses deux “premières parties” sont avec elles, qui l’accompagneront pour la musique et les chœurs tout au long de son concert. Et l’harmonie entre les trois chanteuses est évidente, naturelle. Elles partagent la complicité d’une tournée, mais aussi ce quelque chose non identifié que je ne peux qu’appeler Grâce, qui a baigné ce concert magnifique.

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