Archives pour Février 2008

chris garneau – baby’s romance

Rapide retour sur le concert de la Cigale du 24 février, réunissant Chris Garneau, Caribou et José González.

Chris Garneau liveJ’y allais principalement pour voir Chris Garneau, qui assurait la première partie. Ce fut un set court mais en apesanteur, tant le jeune homme est plein de calme et de beauté. Il joue quelques chansons à l’harmonium, accroupi par terre, les autres au Fender Rhodes, le tout accompagné d’un violoncelle. Le côté étrange, timide, de Garneau rend en live les chansons encore plus belles en les poussant dans le fragile, l’éther. Le coup de cœur de l’album est bel et bien confirmé.

José González n’est pas une bête de scène mais un artiste parfait. J’ai passé une heure à regarder ses doigts danser sur les cordes de sa guitare tout en écoutant sa voix, aussi pure et juste que sur les albums. González chante et joue sans effort apparent, le plus naturellement qui soit : son deuxième opus In Our Nature n’aurait pas pu trouver plus juste titre ! Dommage que pour une tête d’affiche, le set soit réduit au minimum syndical…

Entre ces deux messieurs pleins de calme et de poésie… j’ai subi Caribou, canadien adepte de noise pop électronique, dont j’ai surtout retenu le bruit. J’ai pourtant senti plein de choses dans la musique de Caribou, des mélodies vocales planantes à contre-courant de la musique aux lignes de batterie assez impressionnantes. Mais la batterie en question était vraiment trop présente, trop forte, et le son général trop mauvais, avec des basses qui saturaient. Problème de balance peut-être, anomalie de programmation musicale en tout cas, car le genre musical se mariait fort mal à Garneau et González…

claire diterzi – tableau de chasse

Deux ans après Boucle, premier véritable album solo de Claire Diterzi, l’artiste présente début 2008 Tableau de Chasse, album original et intellectuel constitué de 11 chansons écrites et composées à partir d’œuvres d’art, tableaux, sculptures, ou œuvres plus contemporaines.
Claire Diterzi est une artiste qui n’a jamais su se contenter du seul sens de l’ouïe. En 2002 elle fait la création musicale d’une pièce de théâtre, en 2004 elle interprète sur scène la partition qu’elle a composée au sein du spectacle Iris de Philippe Découflé, en 2005 elle compose la bande originale du film Requiem for Billy the Kid.
Pour ce nouvel album, c’est une invitation du théâtre national de Chaillot à jouer en son sein qui a donné le départ à ce projet : elle décide de donner une dimension visuelle à sa musique.

L’album qui résulte de ce postulat est de grande qualité. Les œuvres d’art choisies par l’artiste ont inspiré des textes d’une grande poésie ou plein d’humour moderne, les compositions ont toutes une couleur unique qui transcrit de façon très juste l’univers des œuvres. Ecouter chacune des chansons en contemplant l’illustration visuelle, comme le titre Tableau de Chasse associé au Verrou de Fragonard, donne une dimension particulière à la musique tout en greffant une histoire parfois inédite à l’œuvre d’art.
Le Verrou - FragonardLes 22, 23 et 24 février dernier, Chaillot accueillait comme prévu Claire Diterzi, qui dévoilait sur scène cet album et sa dimension visuelle. Trois musiciens, deux choristes, c’est beaucoup plus que le minimalisme dont Diterzi nous avait habitué sur la tournée de Boucle. S’il est au début assez étrange de voir la virtuose de la guitare électrique chanter sans instrument, cela ne dure pas : la chanteuse se saisit après quelques chansons de son fétiche, et de toute façon la qualité des musiciens et des chœurs ne pèche pas.
Par contre la mise en scène et en image de ce que j’attendais être un spectacle plus qu’un concert fut décevante. Un écran diffusant des images erratiques sans grand rapport avec les chansons et deux portraits en cartons des femmes-meubles d’Allen Jones furent les seules mises en image, là où j’attendais des projections des œuvres, voire dans mes rêves les plus fous des reproductions de sculptures.
Seul le jeu de scène, le ballet d’un canapé tournant sur scène et le rythme musical de la chanson Nos Bonnes Sœurs tapée sur une table en bois ont montré quelque originalité.
Dommage qu’un tel disque, réussi et de haute qualité, n’ait au final rencontré “qu’un” concert et non pas un projet scénique de même niveau.

zazie – au diable nos adieux

Franchement, Zazie, depuis Made in Love, ce n’est plus l’amour fou. Son album suivant, La Zizanie, bien que contenant des chansons sublimes, avait un côté sombre et revendicatif qui ne m’avait pas séduit. Rodéo était plus léger mais c’est plus le DVD de mise en image fait en Inde que l’album lui-même que j’avais adoré. Enfin Totem, trop fouillis, passé complètement inaperçu aux premières écoutes. Je n’ai pas accroché même si les singles successifs m’ont permis de me concentrer sur les titres et m’ont fait découvrir de belles chansons.

Pourtant je ressors ravi et enthousiaste du concert de clôture de la tournée Totem, samedi 16 à la Cigale.
D’abord les titres du dernier album sont bien représentés mais pas omniprésents, non plus que les gros hits de la chanteuse : cette tournée fait la part belle à des chansons plus anciennes, plus discrètes.
Et puis il y a Zazie elle-même. Toujours aussi naturelle, sincère et ostensiblement heureuse d’être sur scène (d’autant plus quand la scène est petite comme à la Cigale.) Cette femme est d’un charisme fou ! Avec devant elle un public acquis, elle se lâche en blagues potaches, en digressions pendant ses chansons et en preuves d’amour.
Ce « vous reviendrez ? » chuchoté au milieu de Au diable nos adieux, mi question mi invitation, m’aura beaucoup touché. Alors oui, quel que soit l’album qu’elle nous pondra, peu importe. Pour Zazie, je reviendrai.

jasmine vegas – fou

Encore une nana complètement barrée ! Oui, parce qu’excentrique est un bien trop faible mot pour décrire Jasmine Vegas.
Diva fantasque et déjantée, proche du mouvement new burlesque qui mélange l’imagerie sexy populaire des années 50 et celle du cabaret du début du siècle, Jasmine Vegas est performeuse autant qu’auteur, compositeur et interprète.
Jasmine VegasDe son New York natal, elle a ramené un univers psychédélique issu du milieu underground des années 80. De France, où elle vit depuis plusieurs années, elle a pris la langue pour la plupart de ses chansons. S’accompagnant d’un accordéon qu’elle maîtrise parfaitement, elle joue de son impressionnante voix de soprano pour bâtir un univers musical éclectique et varié, de l’histoire d’amour planante à la chanson contemplative et abstraite, de la new wave à la musique aux accents celtes.
Un album, Time, fait avec Monsieur Markus Dravs donne la preuve du talent décalé de la dame.

Jasmine Vegas sera demain soir à la Java à partir de 21h. Il faut venir la voir, ne serait-ce que pour entendre un de ses poèmes dément, et pour céder à son charisme et au charme de sa voix.