Archives pour Avril 2008

promise and the monster – sheets

Promise And The MonsterElle est arrivée sur la minuscule scène de l’auditorium du Centre Culturel Suédois comme on arrive en retard à une réunion, discrète, les yeux baissés. Seule. Elle s’est assise, et je l’ai observée quelques instants, le temps qu’elle accorde sa guitare. Un petit chignon retenant des cheveux noirs, une tenue qu’une Amish n’aurait pas reniée, des mains qui tremblent, un visage fermé, peu avenant. J’ai trouvé Billie Lindahl, celle qui se cache sous le nom de Promise And The Monster, incroyablement peu charismatique. Mais connaissant sa musique, j’ai attendu.
J’ai attendu et elle s’est mise à jouer, ses doigts ont dansé sur les cordes de la guitare, les boucles complexes se sont construites comme par magie, et le monde de féerie inquiétante de Promise And The Monster est apparu. Quand elle a commencé à chanter, sa voix simplement accompagnée d’un écho, j’ai oublié la mine peu amène, le manque de charisme, la peur qui lui suintait des pores. Il n’est resté que les chansons.
J’ai bien peur que Billie Lindahl, la jeune femme, ne soit pas très sympathique et affable. Qu’importe, elle est illusionniste : Promise And The Monster n’est pas Billie Lindahl, c’est un envoûtement.

albin de la simone – j’avais chaud

Albin de la Simone vient de sortir son troisième album Bungalow !
D’abord pianiste de jazz, puis musicien pour Mathieu Boogaerts, Alain Souchon, Jean-Louis Aubert, Arthur H ou encore Alain Chamfort, il a collaboré avec Feist, -M-, Jeanne Cherhal, Vanessa Paradis et bien d’autres… D’où ma surprise de le voir si peu médiatisé et reconnu.
A son concert au Café de la Danse, il y a quelques jours, j’ai découvert un homme sympathique et simple, enthousiaste, drôle et fantasque. Après avoir été plus intime sur ses premiers albums, Albin de la Simone s’est fait auteur mythomane sur le dernier : il présente des textes loufoques rehaussés des chœurs de prétendues amies américaines (amies en fait imaginaires, représentées par des marionnettes sur scène !), il écrit des lettres fictives ou invente des situations cocasses (Catastrophe !), le tout porté par des musiques rythmées. Mais l’ensemble sonne juste un peu trop variété française pour que j’accroche vraiment.
Néanmoins, sur scène les chansons sont tellement emplies de la sincérité et du charisme du chanteur qu’on sort séduit par ces histoires.

naive new beaters – live good

J’ai failli parler de Calvin Harris. J’avais lu qu’il était terrible en live, et je prévoyais de laisser un avis détaillé après l’avoir vu la semaine dernière au Trabendo. Mais j’ai déjà parlé de Calvin Harris, et s’il a effectivement été très bon en live, offrant une bonne heure de set, enchaînant à un rythme d’enfer ses tubes en agitant la foule, il n’y en a pas beaucoup plus à dire : sa musique est aussi bonne et efficace sur scène que sur album. Ah si, autre chose, il est incroyablement grand ! (ok c’est sans intérêt, mais il est vraiment très grand.)

Naive New BeatersEn concert, je suis rarement emballé par les premières parties ; quand une exception se présente, il est donc important de le noter. Je ne vais donc pas rater l’occasion d’encenser les Naive New Beaters qui ont précédé Calvin Harris sur la scène du Trabendo.
Ce trio possède avant tout une présence sur scène indéniable : leur look improbable, cheap et de mauvais goût fait montre d’un vrai style, décalé, ça oui, mais étrangement sympathique et attachant : les bonnes ondes sont perceptibles immédiatement.
Les Naive New Beaters ne s’arrêtent pas là et séduisent aussi et surtout par leur style musical original, mariant une voix hip hop à des musiques électro rock. Les arrangements sont originaux et inattendus, les chansons souvent délirantes sans être brouillonnes : que du bon !

caravan palace – suzy

L’avantage des festivals et des soirées multi-artistes est qu’on y fait parfois de belles découvertes. La programmation du Bose Blue Note Festival 2008 qui se tenait le week-end dernier à la Cigale en fut l’occasion.
J’avais pris mes places pour voir le trio anglais The Puppini Sisters, dont j’ai déjà parlé. J’y ai découvert les impressionnants français de Caravan Palace.

Les Puppini Sisters, on les “découvre” seulement maintenant en France, où elles ont sorti ces jours-ci leur premier album Betcha Bottom Dollar (alors que le deuxième est déjà sorti depuis plusieurs mois en Angleterre…) Leur concept de reprise façon close-harmony de titres relativement récents est très séduisant, même si le charme risque de ne pas durer éternellement. J’étais curieux de voir si le charisme de ces harmonies vocales ne tournerait pas au ringard sur scène. Eh bien non, loin de là !
Les trois demoiselles ont une énergie phénoménale. Accompagnées de quelques instruments, elles enchaînent les chansons et font montre de réelles prouesses vocales. Leur jeu de scène complète délicieusement les voix, chacune campée dans un rôle, la rigolote hyperactive, la coquette calme et la sévère rigide, feintant de se chamailler en permanence.
Je pense que la majeure partie du public n’était pas là pour les voir, elles, mais la fin de leur tour de chant fut très chaudement applaudie : les Puppini Sisters ont séduit et confirmé leur charme.

Puis ce fut le tour de Caravan Palace. Trio qui a grandi au fil du temps, le groupe est désormais composé de six musiciens et d’une chanteuse, la séduisante Colotis Zoé. Le concept de leur musique est pour le moins original : marier jazz manouche et électro, le groupe revendiquant aussi bien Django Reinhardt que Justice dans ses influences.
Caravan PalaceCaravan Palace est arrivé avec ses violons, clarinettes, guitares sèches et contrebasses, et la folle vigueur avec laquelle ils se sont mis à jouer, amplifiée par les samples électro et les scratchs additionnés, a mis un feu incroyable à la Cigale en un rien de temps ! Leur électro swing serait parfait pour les dancefloor et pousse rapidement à la frénésie.
Si tous les morceaux n’ont pas le même niveau, certains mariant avec moins d’aisance les instruments acoustiques aux rythmes machine, voir le groupe s’agiter avec délectation sur scène pardonne les faiblesses. Peu de titres sont disponibles, un premier album étant en préparation, mais j’espère que l’énergie que dégage le groupe sur scène sera bien transcrit sur un son studio. En attendant, Caravan Palace est une belle découverte.

hot chip – out at the pictures

Des geeks qui font de la musique. C’est la définition qui vient le plus naturellement à l’écoute de Hot Chip. Et on est loin de l’amateurisme.

Hot ChipAprès un premier opus brouillon signé en 2004 chez Moshi Moshi (Architecture In Helsinki, Au Revoir Simone, Lo-Fi-Fnk…), Hot Chip révèle son excellence deux ans plus tard avec The Warning, recueil électro-pop tantôt festif, tantôt tranquille, toujours de grande qualité. En début d’année, les Londoniens ont sorti leur troisième album Made in the dark, et confirment leur talent.
Les Hot Chip sont des bidouilleurs de génie. Les mélodies ne sont jamais simples, des risques sont pris et assurés. Ils n’hésitent pas à saborder une chanson en plein milieu, comme sur Shake a Fist ou la fin de Bendable Poseable, et arrivent ainsi à montrer, outre l’amusement qu’ils prennent à faire de la musique, le haut niveau et la maîtrise dont ils font preuve.