Archives pour Juin 2008

feist – the water

Feist joue avec les ombresUn très joli moment que le concert de Feist au Grand Rex. Passé comme un rêve.
Avec une mise en scène sobre, la Canadienne a réussi à créer une vraie féérie : des ombres chinoises, un rétroprojecteur, quelques brillants, paillettes et accessoires manipulés par deux jeunes femmes, des jeux de peintures… c’est difficile à décrire, mais j’ai autant regardé les tableaux mouvants que la chanteuse, tant les animations étaient belles.
Et puis la voix de Feist est prodigieuse. Elle a cette capacité à bercer et transporter. J’ai été entouré, emporté par ce timbre chaud et doux. Alors qu’en écoutant les albums, j’ai une nette préférence pour ses chansons rythmées, j’ai en live autant apprécié les berceuses jazzy.
Le concert s’est achevé comme on se réveille : on doit se lever, et repartir affronter le monde. Après la parenthèse Feist.

chris garneau – castle-time

Chris Garneau au théâtre de la Bastille, le 1er juin 2008 : mon plus beau concert de 2008.
Je pèse cette affirmation : j’ai repensé à la bonne quinzaine de concerts auxquels j’ai assisté depuis le début de cette année, et il n’y a guère que Zazie et les Puppini Sisters et Caravan Palace aussi pour rivaliser. J’avais apprécié le charme de la première, l’énergie folle des seconds. Mais Chris Garneau, c’est à part.

Chris Garneau au pianoIl arrive sur scène d’un pas hésitant, avec l’attitude de quelqu’un s’excusant d’être là. Il transpire la timidité. Il s’assoit au piano, passe les mains sur le clavier, semble découvrir les touches. Il se retourne, jette un regard aux deux violoncellistes qui s’installent, nous les présente dans un français sans accent ou presque : «C’est Anna et Eleanor, mes deux copines de New York.» Et c’est parti.
La salle est minuscule, tout est dans le noir. Chris Garneau commence avec ce sublime Castle-Time. Et je frissonne. Le piano est délicat, les violoncelles doux, la voix androgyne et hésitante, et la mélancolie des chansons de Garneau m’entoure, pour ne me lâcher qu’aux dernières notes de sa superbe reprise de Between The Bars. Entre temps, il m’aura attendri de ses simples « Merci » à la fin de chaque chanson ou régalé de l’amusant, absurde (et inédit) Bedroom Fireflies, Nighttime Lamp Surprise chanté en partie en français.
Mais ce sont les frissons dans cette salle noire, la triste beauté des paroles et la grâce de la musique qui resteront. Le temps s’est arrêté l’espace d’un concert.

tunng – bullets

Une partie du public était venue pour Bon Iver, dont l’énorme buzz actuel sur le net a même pu faire croire à certains qu’il n’était pas la première partie. Les pauvres d’esprit ! (je plaisante Artypop, je plaisante !) L’Iver fut bon (blague pourrie, désolé…), agréable à écouter, mais sans rien d’exceptionnel, je ne suis pas tombé sous le charme.
TunngMoi c’est Tunng que j’étais venu voir (le 27 mai au Trabendo), le sextuor Anglais de Tunng qui a sorti il y a quelques mois son troisième album Good Arrows.

Tunng, c’est du folk expérimental. Pour le folk, il y a trois guitaristes, des mélodies simples, des chansons qui racontent des histoires. Pour l’expérimental, il y a des boites à rythmes et des boites à samples qui entourent les lignes de guitares simples et répétitives de petits bruitages, des bidouilles électro, des crissements d’insectes. Comme me le faisait remarquer David, cette couche électro rend paradoxalement leur musique très organique.
Avec des voix douces, chantant à l’unisson, Tunng raconte souvent des histoires pleines d’étrangeté, de noirceur ou de banale horreur. Comme on raconte des histoires autour du feu, en se faisant plaisir à se faire peur. Les guitares répétitives, les voix graves rehaussées de celle de l’unique femme de la bande, qui s’est amusée à ponctuer de ci de là les mélodies de sons improbables issus de dictées magiques et autres jouets d’enfant, le calme ou la sombre beauté des chansons, Tunng a charmé.