Archives pour Avril 2009

au revoir simone – all or nothing

Les trois jeunes femmes de Brooklyn étaient de passage en France la semaine dernière à l’occasion de la sortie de leur troisième album Still Night, Still Light.
Sans décevoir, cet album laisse l’impression générale d’un manque d’originalité. Les Au Revoir Simone sont toujours adeptes d’un son saturé de synthés et leur trio de voix est toujours aussi agréable. Question ambiance et contrairement aux précédents, Still Night, Still Light possède une belle atmosphère et un son plus calme, sombre, avec des sonorités d’orgues discrètes mais très présentes.
Mais certaines chansons font clairement du remplissage. Knight Of Wand, que j’aime pour son rythme et cet étrange son mouvant, n’a que deux lignes de paroles ou presque. Ne parlons pas de Only You Can Make You Happy, dont le titre résume les paroles… Je veux bien qu’elles concentrent leurs efforts sur la musique, mais c’est quand même regrettable.
L’ensemble reste bon, mais un peu facile. J’espère que le prochain album d’Au Revoir Simone sera plus construit, plus travaillé et original au niveau sonorités et paroles, qu’elles sauront se renouveler. Parce que la fraîcheur seule des trois New Yorkaises ne pourra leur sauver la mise.

Au Revoir SimoneEn live, elles restent charmantes, mignonnes comme tout, avec un vrai look, un vrai univers qu’elles trimballent sur scène avec elles.
Quelques loupés techniques et un son pas très bon n’ont pas gâché le plaisir de les voir et de les entendre. Et cerise sur le gâteau, elles adorent la France, le disent et le répètent, et nous ont même offert en rappel une délicieuse version yaourt française de All Or Nothing « c’est toouut, toouut, toouut, toouut, c’est tout, ou ri-en ! »
Un reproche néanmoins, elles sont très brouillonnes sur leurs débuts de chansons, l’une parlant quand l’autre a déjà commencé à jouer, et que la troisième fait des essais de sonorités sur son synthé. Ca fait sourire parce que ce côté bordélique fait penser à trois ados qui font de la musique dans leur chambre, et on a comme l’impression d’être privilégié d’assister à leur set. Mais ça entame un peu le professionnalisme.

Bref, je me relis et me trouve très critique. J’adore Au Revoir Simone, vraiment. Leur charme est toujours présent, leur musique est originale, complexe, trendy et certains titres sont juste magnifiques (Sad Song, Through The Backyards…). Mais je les aime donc j’attends beaucoup. Souhaitons donc qu’elles évoluent et innovent, pour qu’on ne finisse pas par leur dire au revoir… (eh oui moi aussi je sombre dans la facilité en finissant sur ce jeu de mot discutable.)

[photo : Oliver Peel]

alela diane – the ocean

Quelle fée gracieuse a touché le berceau d’Alela Diane pour lui offrir cette voix, cette aisance, ce don de faire du folk comme elle le fait ?
Alela Diane débarque en 2007 avec Pirate’s Gospel, album de guitare-voix d’une merveilleuse pureté, à l’écoute duquel j’avais pris la Californienne pour une magicienne. Je n’avais pas parlé ici de The Silence Of Love, album du projet Headless Heroes paru en 2008, dans lequel la jeune femme prêtait sa voix à dix reprises de classiques du folk avec tout autant de talent. Et cette année, Alela Diane est revenue avec To Be Still, incroyable deuxième album où elle trouve le moyen de faire encore mieux, de ne rien perdre de sa grâce simple et envoûtante tout en prenant une ampleur dans l’assurance, dans la voix, dans les orchestrations plus riches sans être envahissantes, dans les sentiments et l’émotion transmis par les chansons.
Ce second album m’a fait réaliser qu’Alela Diane n’avait pas déployé tout son talent dans le précédent alors que je le croyais déjà parfait.

Alela DianeJ’étais donc bien évidemment au paradis la semaine dernière en m’asseyant au Bataclan pour écouter Alela Diane. La voix et la vénusté de la chanteuse ont été à la hauteur de mes espérances. Chaque nouvelle chanson a vu l’arrivée d’un musicien sur scène, de son guitariste de père à une choriste, en passant par un batteur déjanté et un bassiste au look cow-boy 70’s et au jeans ultra serrés hilarants. L’ensemble a donné une belle impression de cohérence et de complicité, et le set a été du niveau de l’album : un vrai moment de bonheur musical.
Seul unique, immense et presque impardonnable regret : le concert a pris fin après seulement un peu plus d’une heure, rappel compris. Alela Diane ne débutant pas et ne manquant pas de matériel (elle n’a chanté que deux ou trois chansons de son premier album), j’ai trouvé que c’était faire peu de cas d’un public pourtant en liesse et acquis à la chanteuse. Malheureusement mon souvenir de ce concert pâtira de cette fin sur une note si amère.

kaki king – pull me out alive

A tout juste 30 ans, Kaki King a déjà 4 albums à son actif. Guitariste virtuose, adepte du lap stell (guitare sans frettes, jouée posée sur les genoux) et du tapping (technique où les deux mains tirent les cordes sur le manche de la guitare), la jeune femme s’essaie avec Dreaming of Revenge, son dernier album, à un côté plus pop, délaissant un peu les instrumentaux pour faire découvrir sa jolie voix.
Kaki KingMais en livre, on retrouve bien le véritable amour de Kaki King : son instrument. Au Nouveau Casino, le 1er avril, elle n’a dû chanter que deux ou trois chansons, ce qui a pu paraître dommage : sa voix claire et haut perché mériterait une plus grande place. Et pourtant, comment être déçu ? Comment ne pas fondre devant le charme de ce petit bout de fille au look de garçonne, et dont la moue quand elle joue ne laisse aucun doute sur son caractère bien trempé.
Kaki King arrive sur scène accompagnée d’un batteur aussi doué qu’elle et d’un autre musicien jouant d’un étrange instrument à vent électronique (une sorte de pipe à crack électronique dont j’aimerais bien connaître le nom.) Elle enchaîne les morceaux, jongle avec les différentes guitares, débutant en lap steel, poursuivant avec différentes guitares (là encore j’aimerais m’y connaître plus pour pouvoir y mettre des noms), passant d’un son folk assez sec à un son plus saturé de résonances électriques, sans jamais perdre en mélodie.
Et pendant toute la durée du concert, je reste hypnotisé par l’aisance de Kaki King et par ses doigts insatiables, si rapides qu’on penserait qu’ils ont une vie propre. Kaki King est une charmeuse de serpents.

[Photo : Rob Trucks]