sufjan stevens – movement III:
linear tableau with intersecting surprise
Voilà bien (trop) longtemps qu’on n’a rien eu à se mettre sous la dent concernant Sufjan Stevens : depuis la sortie du délicieux coffret Songs for Christmas, fin 2006.
Stevens n’est pourtant pas resté improductif, et cet automne le voit revenir en force dans l’actualité.
Récemment il a travaillé à réenregistrer avec un quatuor à cordes son album électro datant de 2001 Enjoy Your Rabbit. Le résultat, intitulé Run Rabbit Run, n’est pas moins expérimental que l’album original, que je n’apprécie pas vraiment. Les instruments classiques rendent quand même plus agréable l’écoute des morceaux, là où les sonorités électro originelles étaient très crispantes. Mais cet album, comme son parent, reste un OVNI instrumental et expérimental, que je suis sûr de ne pas écouter tous les jours. J’aurais préféré voir l’homme du Michigan revenir avec quelque chose de plus grand public.
La seconde sortie de Sufjan Stevens en octobre concerne un travail plus ancien, puisque datant de 2007, mais plus riche car multimédia (au sens premier) et sans doute plus accessible. Sur commande de la Brooklyn Academy of Music, le jeune homme a réalisé un projet ayant pour thème le Brooklyn-Queens Expressway (BQE) et le Hula-Hoop… une autoroute et des cerceaux donc, si si !
The BQE est une suite cinématique tournée en super 8 ; d’après les premières images disponibles, il s’agit d’un triptyque visuel hypnotique mêlant voitures défilant sur fond de New York et jeunes femmes en costumes kitsch manipulant le cerceau. Le tout est illustré par une musique orchestrale symphonique, magnifique.
Passée l’introduction moderne, étrange, tenant à la fois de l’orchestre qui s’accorde et de l’enregistrement lointain d’un trafic automobile, on reconnaît vite la touche du prodige américain : les cuivres puissants, les envolées aviennes des hautbois, ou l’intervention soudaine et électrisante d’un mouvement électronique au milieu de cette pièce classique.
L’ensemble est délicat et beau, preuve encore une fois que le talent de Sufjan Stevens n’est plus à démontrer et que ce jeune homme est un véritable artiste contemporain. Mais le penchant qu’il prend vers des projets très expérimentaux et pointus me rend nostalgique de ses albums plus accessibles et sur lesquels on avait le bonheur d’entendre sa voix.






