Au Revoir Simone, le 22 août 2010 au Nouveau Casino.
C’est Karaocake, joli trio français, qui ouvre ce concert avec une belle unité musicale, les synthé et la voix éthérée de la chanteuse rappelant assez les New Yorkaises qui vont suivre. C’est calme, agréable, sobre.
Puis c’est le trio. Trois filles, trois couleurs de cheveux, trois micros, un peu plus de claviers, beaucoup plus de fils électriques courant dans tous les sens. Aux novices, la scène pourrait sembler un peu trop austère, la musique trop mécanique. Mais toute critique s’efface devant une candeur, un humour complice et une joie qu’on ne peut qu’aimer.
Côté prestation, les Au Revoir Simone se bonifient avec le temps, les débuts de chansons brouillons ont disparu, sans pour autant voir diminuer la bonne humeur et l’impression “concert entre amis” qui m’ont toujours plu. Côté musique, pas grand-chose de neuf sous le soleil, leur dernière parution étant l’album de remix Night Light. Seule nouveauté, une gentille reprise de Boys Of Summer de Don Henley pour clôturer un concert sans vague, mais qui laisse un sourire sur les lèvres.
En 2008, quand j’ai découvert Jens Lekman sur cette même scène du Nouveau Casino, il m’avait fait penser à un gourou des années 70. L’impression est toujours là. Je pourrais redire de ce concert de 2010 exactement ce que j’ai dit de son précédent.
Le Suédois a un charisme incroyable, il semble tellement confiant, tellement à sa place au milieu de ses musiciennes. Et il décrit ses troubles personnels, ses désillusions et ses malheurs sentimentaux avec tant de douceur et d’humour, qu’on sourit et qu’on bouge avec plaisir en l’écoutant parler d’une rupture douloureuse.
C’était tout simplement l’occasion de retrouver Tori seule avec son piano sur une scène, comme cela n’était pas arrivé depuis plusieurs années.
La pianiste est toujours très sensible aux ambiances, à l’énergie du lieu dans lequel elle se produit, au point d’influencer l’humeur et la qualité de certains concerts. A l’Olympia, l’évocation d’Edith Piaf et de Jeff Buckley a rendu Tori affable et pleine d’une douce énergie. Ainsi fut donc le concert.
J’aurais aimé plus de reliefs, certains moments ayant été trop mous. Mais l’ensemble fut charmant. Et je n’aime jamais tant Tori qu’en live ces dernières années, car elle s’y entoure de vieilles chansons plus que de ses derniers titres à la qualité discutable.
Florence + The Machine, le 16 juin 2010 à l’Olympia.
Très belle ambiance live, beaucoup d’instruments, un son qui envoie et la voix fabuleuse de Florence Welsh.
La belle Anglaise arrive sur scène dans une robe blanche toute simple, comme une prêtresse ou une druide, donnant un ton mystique à tout ce concert.
Les chansons vont crescendo, Florence joue avec nos émotions. Avec l’apparition de milliers de lumières qui s’allument pour offrir un ciel étoilé à Cosmic Love, le public est perdu, envouté. Et c’est d’une seule voix que, sous le charme, nous reprenons finalement le refrain de You Got The Love. La messe est dite, achevée par un rappel qui enchaîne Kiss With A Fist et Rabbit Heart (Raise It Up) en une jubilatoire explosion d’énergie.
Festival Villette Sonique, le 1er juin 2010 à la Grande Halle de la Villette.
La scène est belle, les gradins sont hauts dans la Grande Halle de la Villette. Le festival Villette Sonique est loin d’être “roots”. Arto Lindsay débute la soirée. Petit bonhomme ne ressemblant pas à grand-chose, il est accompagné de façon incongrue par un orchestre brésilien (?) pour chanter d’une très belle voix des chansons bossa-nova plutôt sympathiques si elles n’étaient pas systématiquement terminées par des solos de bruits que l’Américain arrache par des mouvements épileptiques à sa guitare électrique. C’est au début déroutant, amusant, intéressant puis rapidement lassant et un peu pénible, d’autant que le set est long.
Suivent les Young Marble Giants. Je n’ai (honte à moi, sans doute) jamais entendu parler d’eux, mais c’est pour ces Gallois que la majorité du public est ici ce soir. Groupe mythique de la fin des années 70, il n’a vécu que 3 ans avant de disparaître, et s’est reformé il y a environ cinq ans pour donner depuis quelques concerts sporadiques. Je n’ai malheureusement vu en eux qu’une bande d’amis vieillissants, quelque peu amateurs (la chanteuse en particulier) se faisant plaisir à rechanter de vieilles rengaines.
Et c’est donc Owen Pallett, toujours accompagné de Thomas Gill, qui achève la soirée.
Le Canadien semble en grande forme et de bonne humeur. Il commence par quelques anciens titres, puis poursuit avec de nombreux morceaux de Hearland, parfois 2 ou 3 enchainés à la suite sans interruption, donnant l’impression qu’il raconte une épopée, qu’on assiste à une pièce musicale et non pas à des chansons isolées.
J’avais vu je ne sais plus où sur le net quelqu’un écrire être déçu de ce dernier album d’Owen Pallett car c’était trop propre, pas assez “bidouilles expérimentales du début”. Je peux comprendre, la maîtrise du violoniste est parfaite, les boucles virevoltent, les chansons s’imbriquent parfaitement, mais l’ensemble est tellement harmonieux et beau que je ne peux pas, moi, regretter l’expérimental cheap.
Il était tard quand Owen a joué, la soirée bien avancée, la musique était forte mais le son était bon, j’étais un peu fatigué, il faisait sombre, la scène baignée dans une pénombre bleutée, les lumières magnifiques, avec quelques effets comme des flammes courant le long de poutres. C’était beau.
[Je profite de ce billet pour mettre en écoute cette délicieuse version de The Great Elsewhere, qui provient du nouvel EP d'Owen Pallett Export [Demo EP], et dans laquelle j’ai eu l’immense plaisir de reconnaitre la voix de Shara Worden, plus connue en tant que My Brightest Diamond. Je n’aurais jamais osé rêver d’une telle collaboration, et on me l’offre pour Noël !]
Spectacle Rosa La Rouge, le 12 mai 2010 au théâtre Marigny.
Il y eut ce titre d’ouverture très électro pop, illustré par des danseurs à moitié nus, le tout très moderne par rapport à ce que fait habituellement Claire Diterzi.
Puis il y eut ce grand décor industriel, ces musiciens excellents, et Claire l’audacieuse, osant remettre en jeu son succès (acquis avec son album Boucle et son précédent spectacle Tableau de Chasse) dans une fresque mise en scène par Martial Di Fonzo Bo, illustrant la vie de Rosa Luxemburg, militante communiste allemande, révolutionnaire, emprisonnée de longues années avant d’être assassinée en 1919.
Là où le spectacle Tableau de Chasse était à mon sens une mise en image d’un album de chansons, Rosa la Rouge est clairement un spectacle où l’image, la prestation scénique a autant d’importance que la musique.
La chose est étrange, kaléidoscopique, peut-être un peu déconcertante, tour à tour légère (des images de Blanche Neige ou de Spartacus illustrent certains morceaux) ou poignante (la lecture des lettres écrites par Rosa Luxemburg en prison du morceau Cellule 45). C’est au final un portrait moderne, poétique tout en étant revendicatif et engagé que signent Diterzi et Di Fonzo Bo. Un spectacle à leur image.