chris garneau – lucioles

Rapide retour sur le concert de Chris Garneau mercredi dernier à la Maroquinerie, d’abord parce que j’ai déjà dit le plus grand bien de lui de nombreuses fois, et puis surtout parce que je n’ai pas le temps…

Dessin de Anthony GoicoleaChris était donc à Paris pour la tournée de son second album El Radio. Curieusement et malheureusement il n’était pas seul mais précédé en première partie de Richard Walters, sympathique folkeux, et suivi de Jeremy Jay, dont je n’ai entendu qu’une chanson donc je ne me permettrai pas de critiquer (ou alors si : je n’ai pas du tout aimé.)

Chris a été comme d’habitude charmant avec son petit air timide. Il nous a fait l’honneur de la version française de Fireflies, et d’une chanson inédite.
Accompagné de sa violoncelliste et, grande nouveauté, d’un batteur (déjanté), Garneau a bien équilibré les titres du nouvel album et les “vieux” morceaux. Mais là où j’ai été content de découvrir les versions live et rythmées de No More Pirates, Dirty Night Clowns, Lucioles et même de Home Town Girls que je n’aime pas en version studio je n’ai que peu apprécié l’ajout de percussions sur les chansons de Music For Tourists : cela a un peu gâché leur côté intime et triste.

Pour plus d’informations concernant la genèse de son deuxième album, n’hésitez pas à aller voir l’intéressante interview qu’il a donnée à Yagg ici.

[Artwork de l'album El Radio par Anthony Goicolea]

chris garneau – dirty night clowns

Chris GarneauTrois ans après Music For Tourists, Chris Garneau revient aujourd’hui avec un nouvel album intitulé El Radio. A propos de la sortie de cet album, j’ai beaucoup lu sur le net que le jeune Brooklynois « quittait enfin, en partie, le registre mélancolique et larmoyant de son premier opus. » (je paraphrase) Et là je m’insurge !
En quoi le registre mélancolique et larmoyant est-il une tare ? Pourquoi l’arrivée de chansons plus pop et gaies serait-il une bonne nouvelle en soi ? Moi j’en veux, des larmes, des chansons d’amour, des trucs tristes avec un piano et des cordes qui font pleurer ! Je suis donc heureux de voir que Chris Garneau n’a pas perdu cette facette.
Mais je suis néanmoins content de voir qu’il ne s’est pas contenté de ça et qu’il évolue. Et pourtant, c’est peut-être ce qui provoque le reproche que je peux faire à ce nouvel album.

Avec des titres comme The Leaving Song (qu’on a déjà pu entendre si on est un habitué des concerts de Chris Garneau), Raw And Awake, ou le très beau Things She Said, on est en terrain connu, Garneau fait du Garneau, sans surprise, sans déception. Il atteint même des sommets de pureté, de beauté et d’émotion avec le grave Hands on the Radio, déjà entendu en live lui aussi et surtout avec le magnifique Cats And Kids où les cliquetis de boite à musique portent avec délicatesse de belles paroles sur sa défunte Grand-Mère.
Et quand surgissent des titres comme No More Pirates, Fireflies ou Dirty Night Clowns, on constate que le jeune New Yorkais a changé et pris de l’assurance. La musique apparaît riche, les rythmes plus joyeux ou un peu doux-amers, la voix plus assurée. C’est un vrai plaisir de le découvrir dans un registre moins mélancolique.

Je parlais plus haut de reproches. Je vais donc en faire. Un, les textes restent légers, mais cela m’importe assez peu, petit Français que je suis, et cela donne même un côté « ado » qui colle bien à l’image de Chris Garneau. Et deux, le mélange de titres tristes et sombres, et d’autres plus joyeux et rythmés donne un petit côté bancale à cet album, comme si Garneau n’avait pas réussi à choisir de quel côté pencher. Mais l’impression s’estompe peu à peu, quand on apprivoise les chansons, et je reste très séduit par cet artiste plein de sensibilité et de beauté.
Il sera en concert à la Maroquinerie en octobre, j’irai l’écouter, bien sûr.

clare & the reasons – better without you

Le label français indépendant Fargo Records, distribuant principalement des perles nord-américaines (Andrew Bird, Alela Diane…), proposait pour trois jours Fargo All Stars, sorte de mini festival pour promouvoir ses artistes. Mardi soir, c’était Chirs Garneau, Clare & The Reasons et My Brightest Diamond qui étaient ainsi réunis sur la scène de la Cigale.

Chris Garneau, j’en ai déjà parlé ici, et encore . Je ne reviendrai donc pas dessus, si ce n’est pour dire que comme d’habitude ses chansons étaient pleines d’émotions et de grâce et que sa timide silhouette est toujours aussi agréable à voir et à entendre. Le jeune New Yorkais devrait sortir un second album en 2009, avec parait-il une chanson en français. J’ai hâte.

Clare And The ReasonsClare & The Reasons c’est Clare Muldaur (la fille de Geoff Muldaur, inoubliable interprète de la chanson du film Brazil) mais ce n’est pas qu’elle, loin de là. C’est aussi son mari, le multi-instrumentiste et choriste français Olivier Manchon, bluffant de maîtrise et de technique, que ce soit au violon, à la basse, à la flûte, à la scie musicale… Et c’est encore Alan Hampton, bassiste, et d’autres, violoniste, violoncelliste, dont j’ai oublié les noms.
Ensemble, ils font une musique qui rappelle les comédies musicales, les chansons des années 40, où l’orchestration, les chœurs sont aussi riches, importants, soignés que la voix claire et pure de Clare.
Ils sont drôles, charmants, gentils et même démocrates (ils nous ont fait chanter « Obama Obama » sur l’air de Somewhere over the rainbow en disant que « si on répète beaucoup quelque chose, ça finit par arriver »). Bref, un vrai bonbon musical, doux, sucré, qui fait du bien !
Le Better without you qu’on peut entendre ici est celui joué à la Cigale, Fargo ayant proposé dès la fin du concert les enregistrements. Et c’est moi qui ai gagné en proposant « connard » comme insulte. Je suis trop fier !

Pour finir, nous sommes restés dans la même famille musicale. Shara Worden, la femme derrière My Brightest Diamond, a en effet collaboré avec Sufjan Stevens comme « Illinoisemaker », Sufjan Stevens qui a lui-même prêté sa voix à une chanson de Clare & The Reasons, dont plusieurs musiciens ont déjà tourné avec et My Brightest Diamond et Sufjan Stevens (vous suivez ?)
Une voix impressionnante, tant dans les graves que haut dans les aigus, une musique délicate et travaillée, pas toujours facile d’accès car les chansons ont des constructions complexes, non symétriques, une guitare électrique parfois déchaînée, un univers d’opéra baroque et rock à la fois, et une personnalité attachante, douce et charismatique, My Brightest Diamond est tout cela, et elle a conclu cette soirée avec brio.

[photo : Oliver Peel]

chris garneau – castle-time

Chris Garneau au théâtre de la Bastille, le 1er juin 2008 : mon plus beau concert de 2008.
Je pèse cette affirmation : j’ai repensé à la bonne quinzaine de concerts auxquels j’ai assisté depuis le début de cette année, et il n’y a guère que Zazie et les Puppini Sisters et Caravan Palace aussi pour rivaliser. J’avais apprécié le charme de la première, l’énergie folle des seconds. Mais Chris Garneau, c’est à part.

Chris Garneau au pianoIl arrive sur scène d’un pas hésitant, avec l’attitude de quelqu’un s’excusant d’être là. Il transpire la timidité. Il s’assoit au piano, passe les mains sur le clavier, semble découvrir les touches. Il se retourne, jette un regard aux deux violoncellistes qui s’installent, nous les présente dans un français sans accent ou presque : «C’est Anna et Eleanor, mes deux copines de New York.» Et c’est parti.
La salle est minuscule, tout est dans le noir. Chris Garneau commence avec ce sublime Castle-Time. Et je frissonne. Le piano est délicat, les violoncelles doux, la voix androgyne et hésitante, et la mélancolie des chansons de Garneau m’entoure, pour ne me lâcher qu’aux dernières notes de sa superbe reprise de Between The Bars d’Elliott Smith. Entre temps, il m’aura attendri de ses simples « Merci » à la fin de chaque chanson ou régalé de l’amusant, absurde (et inédit) Bedroom Fireflies, Nighttime Lamp Surprise chanté en partie en français.
Mais ce sont les frissons dans cette salle noire, la triste beauté des paroles et la grâce de la musique qui resteront. Le temps s’est arrêté l’espace d’un concert.

chris garneau – baby’s romance

Rapide retour sur le concert de la Cigale du 24 février, réunissant Chris Garneau, Caribou et José González.

Chris Garneau liveJ’y allais principalement pour voir Chris Garneau, qui assurait la première partie. Ce fut un set court mais en apesanteur, tant le jeune homme est plein de calme et de beauté. Il joue quelques chansons à l’harmonium, accroupi par terre, les autres au Fender Rhodes, le tout accompagné d’un violoncelle. Le côté étrange, timide, de Garneau rend en live les chansons encore plus belles en les poussant dans le fragile, l’éther. Le coup de cœur de l’album est bel et bien confirmé.

José González n’est pas une bête de scène mais un artiste parfait. J’ai passé une heure à regarder ses doigts danser sur les cordes de sa guitare tout en écoutant sa voix, aussi pure et juste que sur les albums. González chante et joue sans effort apparent, le plus naturellement qui soit : son deuxième opus In Our Nature n’aurait pas pu trouver plus juste titre ! Dommage que pour une tête d’affiche, le set soit réduit au minimum syndical…

Entre ces deux messieurs pleins de calme et de poésie… j’ai subi Caribou, canadien adepte de noise pop électronique, dont j’ai surtout retenu le bruit. J’ai pourtant senti plein de choses dans la musique de Caribou, des mélodies vocales planantes à contre-courant de la musique aux lignes de batterie assez impressionnantes. Mais la batterie en question était vraiment trop présente, trop forte, et le son général trop mauvais, avec des basses qui saturaient. Problème de balance peut-être, anomalie de programmation musicale en tout cas, car le genre musical se mariait fort mal à Garneau et González…

chris garneau – relief

Mierda, je suis en train de passer à côté de Chris Garneau à la fondation Cartier.
Chris Garneau Malgré tous les inconvénients d’un lieu qui n’est pas prévu pour des concerts, la fondation Cartier a l’avantage de permettre de voir des artistes de façon très intimistes, ce qui est toujours un bon point.

Music for Tourists, premier album du bonhomme, fut un de mes coups de cœur de 2007. Le clip banal et étrange de Relief, cet accompagnement de piano et violoncelle (mes deux instruments préférés), et la découverte de sa voix androgyne et hésitante avec ce petit côté agaçant, tout m’a séduit.
L’album est dans la même veine, intime sans être simple, fragile. Beau.

Bon, après renseignement, j’apprends que Garneau sera en concert en février à la Cigale, avec José González en plus. Je suis consolé.