claire diterzi – rosa la rouge

Spectacle Rosa La Rouge, le 12 mai 2010 au théâtre Marigny.

Rosa La RougeIl y eut ce titre d’ouverture très électro pop, illustré par des danseurs à moitié nus, le tout très moderne par rapport à ce que fait habituellement Claire Diterzi.
Puis il y eut ce grand décor industriel, ces musiciens excellents, et Claire l’audacieuse, osant remettre en jeu son succès (acquis avec son album Boucle et son précédent spectacle Tableau de Chasse) dans une fresque mise en scène par Martial Di Fonzo Bo, illustrant la vie de Rosa Luxemburg, militante communiste allemande, révolutionnaire, emprisonnée de longues années avant d’être assassinée en 1919.
Là où le spectacle Tableau de Chasse était à mon sens une mise en image d’un album de chansons, Rosa la Rouge est clairement un spectacle où l’image, la prestation scénique a autant d’importance que la musique.
La chose est étrange, kaléidoscopique, peut-être un peu déconcertante, tour à tour légère (des images de Blanche Neige ou de Spartacus illustrent certains morceaux) ou poignante (la lecture des lettres écrites par Rosa Luxemburg en prison du morceau Cellule 45). C’est au final un portrait moderne, poétique tout en étant revendicatif et engagé que signent Diterzi et Di Fonzo Bo. Un spectacle à leur image.

claire diterzi – mes bonnes sœurs

J’ai déjà vu un bon nombre de fois Claire Diterzi sur scène, lorsqu’elle tournait pour la promo de Boucle, son album sorti en 2006. Le grain de folie qu’on devinait sous l’attitude quelque peu renfermée, parfois bourrue, sans doute due à la timidité de la dame, m’avait énormément séduit. J’étais donc allé les yeux fermés début 2008 à Chaillot assister au concert de création de son spectacle Tableau de Chasse, accompagnant la sortie de l’album du même nom, et avait été très déçu : le public habituel de Chaillot absolument pas réceptif, la faiblesse scénique du spectacle, et une Claire Diterzi apparemment peu à l’aise avaient gâché mon plaisir.

Claire DiterziHistoire de ne pas rester fâché, je suis retourné le 13 octobre voir l’artiste, dans des conditions complètement différentes, en mode “concert” et non plus “spectacle” comme il était annoncé, c’est-à-dire sans toute la scénographie construite autour des chansons, et dans une salle minuscule, à savoir le Point Ephémère.
Et merveille, c’est une Claire détendue qui était là, ayant apprivoisé parfaitement les chansons de Tableau de Chasse et laissant ainsi le champ libre à la puissance de sa voix exceptionnelle et à la virtuosité de ses musicien(ne)s et choristes. Laissant aussi ressortir son côté barré, parlant souvent au public, toujours aussi cash (avant les rappels, elle annonce « bon on va revenir pour deux ou trois chansons, mais on vous laisse gueuler un peu avant. »)
Quand elle est revenue pour un dernier rappel chanter La musique adoucit les mœurs et qu’elle a finit “unplugged”, loin du micro, un mec du public a lancé « ouah c’est vraiment pas du playback ! ». Elle l’a bien sûr mouché et à moitié engueulé (j’ai adoré) mais il avait raison : durant tout ce concert, on aurait pu croire écouter le disque tant la voix était parfaite et juste.
Et au final, ce mode “concert” n’a rien retiré à la performance. Peu importe de voir un canapé qui tourne, ou même la vidéo créée en miroir des chansons, Claire a chanté la totalité de l’album Tableau de Chasse et les plus belles de ses anciennes chansons. Et c’est ça le principal.

claire diterzi – tableau de chasse

Deux ans après Boucle, premier véritable album solo de Claire Diterzi, l’artiste présente début 2008 Tableau de Chasse, album original et intellectuel constitué de 11 chansons écrites et composées à partir d’œuvres d’art, tableaux, sculptures, ou œuvres plus contemporaines.
Claire Diterzi est une artiste qui n’a jamais su se contenter du seul sens de l’ouïe. En 2002 elle fait la création musicale d’une pièce de théâtre, en 2004 elle interprète sur scène la partition qu’elle a composée au sein du spectacle Iris de Philippe Découflé, en 2005 elle compose la bande originale du film Requiem for Billy the Kid.
Pour ce nouvel album, c’est une invitation du théâtre national de Chaillot à jouer en son sein qui a donné le départ à ce projet : elle décide de donner une dimension visuelle à sa musique.

L’album qui résulte de ce postulat est de grande qualité. Les œuvres d’art choisies par l’artiste ont inspiré des textes d’une grande poésie ou plein d’humour moderne, les compositions ont toutes une couleur unique qui transcrit de façon très juste l’univers des œuvres. Ecouter chacune des chansons en contemplant l’illustration visuelle, comme le titre Tableau de Chasse associé au Verrou de Fragonard, donne une dimension particulière à la musique tout en greffant une histoire parfois inédite à l’œuvre d’art.
Le Verrou - FragonardLes 22, 23 et 24 février dernier, Chaillot accueillait comme prévu Claire Diterzi, qui dévoilait sur scène cet album et sa dimension visuelle. Trois musiciens, deux choristes, c’est beaucoup plus que le minimalisme dont Diterzi nous avait habitué sur la tournée de Boucle. S’il est au début assez étrange de voir la virtuose de la guitare électrique chanter sans instrument, cela ne dure pas : la chanteuse se saisit après quelques chansons de son fétiche, et de toute façon la qualité des musiciens et des chœurs ne pèche pas.
Par contre la mise en scène et en image de ce que j’attendais être un spectacle plus qu’un concert fut décevante. Un écran diffusant des images erratiques sans grand rapport avec les chansons et deux portraits en cartons des femmes-meubles d’Allen Jones furent les seules mises en image, là où j’attendais des projections des œuvres, voire dans mes rêves les plus fous des reproductions de sculptures.
Seul le jeu de scène, le ballet d’un canapé tournant sur scène et le rythme musical de la chanson Nos Bonnes Sœurs tapée sur une table en bois ont montré quelque originalité.
Dommage qu’un tel disque, réussi et de haute qualité, n’ait au final rencontré “qu’un” concert et non pas un projet scénique de même niveau.

claire diterzi – knockin’ on heaven’s door

Claire DiterziClaire Diterzi, c’est l’artiste que j’ai vue le plus en concert en 2006. Son album Boucle m’avait chatouillé les oreilles sans que j’y prête plus attention, mais le choc a été énorme à la Cité de la Musique quand elle est monté sur scène. Claire Diterzi est très belle, très douce et sa voix est très pure. Mais ce côté doux et calme est rapidement balayé par une attitude très maîtresse femme avec sa guitare électrique, qu’elle possède avec dextérité. Et son attitude sur scène est tout à la fois timide et, malgré un physique de trentenaire propre sur elle avec petite robe et jolie coiffure, un peu rock’n'roll attitude, un peu je-m’en-foutisme… Avec des chansons très connotées sexuellement (Elle te plait sa queue vas-y…) ou aux paroles très ironiques et second degré (La princesse arabe), on ne peut qu’être surpris par le personnage. Je le fus très agréablement.

Ces jours-ci est sortie la bande originale du film Requiem for Billy the Kid de Anne Feinsilber, composée par Claire Diterzi. C’est plein de musiques planantes, qui sentent le sable et la poudre. Des guitares et des harmonicas, la voix de Diterzi, parfois chuchotée et incertaine, comme sur cette belle reprise de Bob Dylan, parfois sure et aux accents country, et parfois même juste une mélodie sifflée comme seule Diterzi sait le faire.

(à la question Comment faites-vous pour si bien siffler ? Claire nous a répondu un jour La moitié de ma famille travaille dans le bâtiment, ça doit venir de là.)