Les porte du Paradis se sont ouvertes avec Seven Swans et la voix de Sufjan, ses ailes de cygne qui se déploient avec l’explosion des cuivres, la lumière bleue…
J’ai tout aimé de ce concert.
Les versions live d’un album parfois difficile et déconcertant, les explications concernant le concept de l’album et Royal Robertson qui aident beaucoup à comprendre. Les quelques ponctuations folk des vieux titres. Les lumières, les projections superbes des dessins de Robertson, le fluo partout.
Les jeux de scène que j’aurais pu trouver ridicules mais que j’ai pris pour la manifestation du plaisir et du besoin de lâcher prise, ce qui me touche plus que je ne l’avoue même.
Ce Vesuvius magnifiquement illustré de feu, de rouge. Cet Impossible Soul final, interminable, orgiaque.
Et Sufjan, revenant en rappel, épuisé, vulnérable, enfin repu de jouissance musicale, si touchant, clôturant ce concert avec le spendide John Wayne Gacy Jr. et un Chicago festif et apaisé.
J’ai tout aimé. J’ai tout aimé.
Voilà bien (trop) longtemps qu’on n’a rien eu à se mettre sous la dent concernant Sufjan Stevens : depuis la sortie du délicieux coffret Songs for Christmas, fin 2006.
Stevens n’est pourtant pas resté improductif, et cet automne le voit revenir en force dans l’actualité.
Récemment il a travaillé à réenregistrer avec un quatuor à cordes son album électro datant de 2001 Enjoy Your Rabbit. Le résultat, intitulé Run Rabbit Run, n’est pas moins expérimental que l’album original, que je n’apprécie pas vraiment. Les instruments classiques rendent quand même plus agréable l’écoute des morceaux, là où les sonorités électro originelles étaient très crispantes. Mais cet album, comme son parent, reste un OVNI instrumental et expérimental, que je suis sûr de ne pas écouter tous les jours. J’aurais préféré voir l’homme du Michigan revenir avec quelque chose de plus grand public.
La seconde sortie de Sufjan Stevens en octobre concerne un travail plus ancien, puisque datant de 2007, mais plus riche car multimédia (au sens premier) et sans doute plus accessible. Sur commande de la Brooklyn Academy of Music, le jeune homme a réalisé un projet ayant pour thème le Brooklyn-Queens Expressway (BQE) et le Hula-Hoop… une autoroute et des cerceaux donc, si si ! The BQE est une suite cinématique tournée en super 8 ; d’après les premières images disponibles, il s’agit d’un triptyque visuel hypnotique mêlant voitures défilant sur fond de New York et jeunes femmes en costumes kitsch manipulant le cerceau. Le tout est illustré par une musique orchestrale symphonique, magnifique.
Passée l’introduction moderne, étrange, tenant à la fois de l’orchestre qui s’accorde et de l’enregistrement lointain d’un trafic automobile, on reconnaît vite la touche du prodige américain : les cuivres puissants, les envolées aviennes des hautbois, ou l’intervention soudaine et électrisante d’un mouvement électronique au milieu de cette pièce classique.
L’ensemble est délicat et beau, preuve encore une fois que le talent de Sufjan Stevens n’est plus à démontrer et que ce jeune homme est un véritable artiste contemporain. Mais le penchant qu’il prend vers des projets très expérimentaux et pointus me rend nostalgique de ses albums plus accessibles et sur lesquels on avait le bonheur d’entendre sa voix.
Le label français indépendant Fargo Records, distribuant principalement des perles nord-américaines (Andrew Bird, Alela Diane…), proposait pour trois jours Fargo All Stars, sorte de mini festival pour promouvoir ses artistes. Mardi soir, c’était Chirs Garneau, Clare & The Reasons et My Brightest Diamond qui étaient ainsi réunis sur la scène de la Cigale.
Chris Garneau, j’en ai déjà parlé ici, là et encore là. Je ne reviendrai donc pas dessus, si ce n’est pour dire que comme d’habitude ses chansons étaient pleines d’émotions et de grâce et que sa timide silhouette est toujours aussi agréable à voir et à entendre. Le jeune New Yorkais devrait sortir un second album en 2009, avec parait-il une chanson en français. J’ai hâte.
Clare & The Reasons c’est Clare Muldaur (la fille de Geoff Muldaur, inoubliable interprète de la chanson du film Brazil) mais ce n’est pas qu’elle, loin de là. C’est aussi son mari, le multi-instrumentiste et choriste français Olivier Manchon, bluffant de maîtrise et de technique, que ce soit au violon, à la basse, à la flûte, à la scie musicale… Et c’est encore Alan Hampton, bassiste, et d’autres, violoniste, violoncelliste, dont j’ai oublié les noms.
Ensemble, ils font une musique qui rappelle les comédies musicales, les chansons des années 40, où l’orchestration, les chœurs sont aussi riches, importants, soignés que la voix claire et pure de Clare.
Ils sont drôles, charmants, gentils et même démocrates (ils nous ont fait chanter « Obama Obama » sur l’air de Somewhere over the rainbow en disant que « si on répète beaucoup quelque chose, ça finit par arriver »). Bref, un vrai bonbon musical, doux, sucré, qui fait du bien !
Le Better without you qu’on peut entendre ici est celui joué à la Cigale, Fargo ayant proposé dès la fin du concert les enregistrements. Et c’est moi qui ai gagné en proposant « connard » comme insulte. Je suis trop fier !
Pour finir, nous sommes restés dans la même famille musicale. Shara Worden, la femme derrière My Brightest Diamond, a en effet collaboré avec Sufjan Stevens comme « Illinoisemaker », Sufjan Stevens qui a lui-même prêté sa voix à une chanson de Clare & The Reasons, dont plusieurs musiciens ont déjà tourné avec et My Brightest Diamond et Sufjan Stevens (vous suivez ?)
Une voix impressionnante, tant dans les graves que haut dans les aigus, une musique délicate et travaillée, pas toujours facile d’accès car les chansons ont des constructions complexes, non symétriques, une guitare électrique parfois déchaînée, un univers d’opéra baroque et rock à la fois, et une personnalité attachante, douce et charismatique, My Brightest Diamond est tout cela, et elle a conclu cette soirée avec brio.
C’est bientôt Noël ! J’adore les chants de Noël, leur côté kitsch, oldie et plein de bons sentiments. Et les Américains sont particulièrement doués dans l’exercice. Il semble que tout artiste qui se respecte doit sortir dans sa carrière un album de Christmas Carols ou au moins une chanson de Noël (non je préfère ne pas penser à Mariah Carrey déguisée en Slutty Santa sur la pochette de l’album Merry Christmas, ni à Céline Dion et son duo avec les Chipmunks…)
Bon, je m’égare, je voulais parler d’artistes.
Sufjan Stevens (l’amour de ma vie) a sorti à Noël dernier un très seyant coffret regroupant cinq années d’enregistrements de Christmas Carols. Et quand c’est fait par Mr. Stevens, c’est bon, très bon !
On y retrouve la multitude de vents, de percussions, et le banjo omniprésent qui font la signature de Sufjan Stevens, le tout nimbé de sa voix douce. La plupart des chansons présentes sont des chants traditionnels de Noël, en majorité d’inspiration religieuse. Je préfère ne pas voir dans ces chants pour la plupart à la gloire d’un certain Jésus la manifestation du côté cul-béni de Sufjan (non je ne le critiquerai pas, c’est au-dessus de mes forces) mais plutôt le témoignage d’une culture populaire et festive. Outre ces cantiques, on trouve dans ce Songs for Christmas quelques chants profanes, dont plusieurs compositions de Stevens. That was the worst Christmas ever ! est probablement la plus belle d’entre elles, musique calme et délicate, paroles simples et poignantes : on a tous vécu des Noëls pourris…
Allumez donc des bougies, asseyez-vous près du sapin, buvez un vin chaud et écoutez cette chanson, vous vous croirez dans un épisode de Noël d’Ally McBeal. Parfois, ça fait du bien…
Can you say what you want
Can you say what you want to be
Can you be what you want
Can you be what you want